Visage de femme inquiet, visage de femme angoissé,
visage de femme effrayé, visage de femme pleurant ou hurlant.
Visage de femme hanté par le poids d’autres images, indécises mais menaçantes.
Visages de femme contraints, limités, enfermés par des cadres,
des barreaux, des quadrillages, des toiles d’araignée.
Violence faite aux femmes, iconisées, starifiées, contrôlées par les incarnations
dans des stéréotypes imposés.
La photographie est un geste de coupe et de segmentation ; dans l’espace, par le cadre,
et dans le temps, celui de l’acte photographique.
Mais en l’absence de contiguïté référentielle, l’image numérique, désincarnée et dématérialisée, peut-elle encore porter la charge testimoniale du prélèvement spatio-temporel de cet acte ?
Cette valeur intrinsèque de la biopsie du réel que constitue l’acte photographique
disparaîtra-t-elle avec les derniers supports discrets ?
On peut penser que oui.
Marie Hubert, en superposant directement, sur la pellicule, au moment même des prises de vue, plusieurs images (déjà cadrées par l’écran d’une télévision), interroge d’autant plus le mécanisme qui fait passer l’image photographique du statut d’index (au sens de Peirce) à celui de symbole, en écartant ce que la question de la mimesis contient d’anecdotique.
Or les images résultant son intervention dans le continuum de la réalité ne sauraient être produites par les dispositifs logiciels actuels sans perdre le principe que ces surimpressions ne sont pas construites a posteriori par une manipulation, mais existent préalablement à leur révélation.
En utilisant un dispositif analogique au moment où le numérique le supplante dans les pratiques tant privées que professionnelles, Marie Hubert questionne donc le devenir d’une technique qui a atteint le statut d’art en articulant la problématique de l’unicité du référent sur celle de la désignation iconique.
Patrice Salsa