surimpression

La surimpression est parfois appelée superposition. Elle est de nature accidentelle : plusieurs images viennent impressionner le négatif à cause d’un défaut de l’appareil photographique. La surimpression est aussi un choix. Cette technique spécifique permet de faire coexister deux prises de vue sur un même tirage. Elle est exploitée au cinéma. Elle donne à voir les absents et sert essentiellement à convoquer les disparus de l’image, qu’ils soient morts (le fantôme apparaît alors aux yeux du héros terrifié) ou lointains (l’héroïne se projette l’image de son fiancé parti en voyage ou à la guerre). Elle permet un jeu de compression et de dilatation du temps et de l’espace.

Des photographes ont eux aussi usé de la surimpression. Les photos de Clarence John Laughlin, confrontent passé et présent par la collusion de plusieurs négatifs distincts. Duane Michals utilise la surimpression pour révéler l’invisible.

Dans ces séries de photographies, j’ai voulu brouiller les images en capturant les images des autres, images ou icônes de cinéma. Dans son essai Post-production, Nicolas Bourriaud réfléchit à la manipulation des images et des sons déjà existants. La question n’est plus pour l’artiste « que faire de nouveaux » mais « que faire avec ». C’est la question qui a orienté mon travail : que faire avec des images déjà existantes et qui constituent un univers culturel à traverser.

Les rencontres des images sont laissées au hasard de la chimie de la surface sensible. L’enjeu est d’offrir une polyvision, une vision démultipliée. L’image ne se donne pas à voir à la première lecture. Quelque chose résiste. L’œil doit deviner afin de reconstruire une réalité et du sens. Elle révèle le statut éminemment projectif de toute photographie. Le flot de surimpressions brouille l’image malgré une impression de déjà-vu et l’enrichit.

Strates successives, images subliminales, regards brouillés, trames illisibles, ces photographies signalent une énigme qui n’est plus la réalité car la photographie révèle pour moi une image intérieure qu’elle permet d’approcher.